Difficile émergence d’un journalisme objectif en Afrique, Open Edition Journals, Communication

Auteur : Osée KAMA

Type de publication : Article

Année de publication : 2019

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L’émergence de la presse multiple qui marque la fin du monolithisme politique en Afrique subsaharienne au début des années 1990 nourrit l’espoir de l’avènement d’un journalisme authentique, c’est-à-dire « ni animé par les intérêts personnels, ni vendu à ceux des autres, ni stratège sournois, ni benêt ni manipulé ». Cependant, depuis lors, la littérature n’a cessé de relever les profondes lacunes de cette presse : manque de professionnalisme, bidonnage, insultes, diffamation, et même incitations à la haine. Dans son article sur la crise du journalisme et de l’espace public en Afrique, Ollo Pépin Hien parle alors d’un « journalisme dévoyé et fourvoyé ». En somme, la littérature présente le portrait d’un journalisme dépourvu de normes classiques d’objectivité, c’est-à-dire de cette « distance critique face à la réalité » qui a permis à la pratique « d’apparaître légitime dans le mouvement de constitution d’un espace public de débat ». La question qui nous intéresse est celle de savoir comment expliquer cette difficile émergence.

  • Les doctrine autoritariste et développementiste et leur incidence sur la gestion des médias

Dès le début des années 1960, deux priorités animent les leaders des pays africains qui accèdent à l’indépendance : la stabilité nationale et le développement socio-économique. Ces priorités seront déterminantes dans les modèles de politique publique en matière de médias qu’ils adopteront. Il faut rappeler qu’à la suite des indépendances, nombre de pays africains entrent dans une période tourmentée. Certains seront le site d’une guerre par procuration entre les deux superpuissances d’alors, les Américains et les Soviétiques, engagés dans une conquête idéologique du monde. Ce sera notamment le cas du Congo-Kinshasa, où la vision sociale de l’indépendantiste Patrice Lumumba qui dérangeait sérieusement les Américains le conduira à la perte. Ailleurs, l’enjeu sera le néocolonialisme, avec une suspicion populaire très marquée à l’endroit des nouvelles autorités. Le cas du Cameroun en est une illustration parfaite. Là-bas, l’Union des populations camerounaises (UPC), parti fondé par l’indépendantiste Um Nyobe, considérait que le nouveau gouvernement, à la solde de la France, manquait de légitimité, et elle lui opposera une farouche résistance. D’autres pays seront traversés par des luttes intestines sur fond ethno-religieux, avec pour véritable enjeu le contrôle du pouvoir. Ce sera par exemple le cas du Nigéria où les clivages ethno-religieux donneront lieu à des flambées de violence et favoriseront un climat politique instable caractérisé par une succession de coups d’État. On comprend ainsi que ces pays aient fait de la stabilité et de l’unité nationales l’une de leurs principales préoccupations. Comment cette perspective influencera-t-elle leur politique des médias ?

La doctrine autoritariste postule la légitimité absolue de l’État et la nécessité qui lui incombe de subsumer les individualités. (…) les tenants de cette doctrine vont tous douter des vertus d’un système démocratique, persuadés que les vices, les désirs et aversions, la volonté du pouvoir et l’égoïsme des individus en faisaient des êtres peu enclins à la poursuite du bien collectif. La stabilité et l’ordre sociaux, l’épanouissement individuel et le bien-être collectif ainsi que la pérennité même de l’État sont ici considérés comme les plus hautes responsabilités de cet État

Ces responsabilités primordiales mettent l’État en droit « d’interdire les opinions qui calomnient les individus, discréditent des représentants de l’État, se moquent des lois, incitent à la révolte ou propagent le crime ». Animées par une telle conception, les nouvelles autorités africaines s’assureront d’une mainmise totale sur les médias. Ils — les constituants africains — ont fait valoir que des États nouveaux, qui ne correspondent pas toujours à des nations déjà intégrées, à une volonté préexistante dans les esprits, ne pourraient résister aux forces centrifuges des particularismes locaux ou ethniques, au « régionalisme » ou au « tribalisme », que par la force du pouvoir central, c’est-à-dire essentiellement du pouvoir gouvernemental. Ils ont dit aussi que la transformation des conditions économiques nécessaires à des pays encore insuffisamment développés avait pour condition une discipline des activités de production, qui supposait elle-même une action ferme et continue, menée par un pouvoir assuré de la durée.

  • De l’objectivité journalistique en question

Avancer l’idée que le journalisme africain connaît de sérieuses lacunes, c’est suggérer par le fait même qu’il existe un standard qui sert de base d’évaluation. En effet, le journalisme n’aurait su s’instituer sans un ensemble de règles qui le fondent comme discipline. Au cœur de ces règles, on trouve le concept à la fois fondamental et controversé d’objectivité. Frank D. Durham signale en effet que pour une bonne partie du XXe siècle, l’objectivité sera considérée comme marque institutionnalisée de l’excellence journalistique.

Sans normes déontologiques et éthiques, le journalisme perdrait les assises qui lui confèrent le rôle de gardien de l’intérêt public. Avancer l’idée d’une objectivité journalistique n’est donc pas qu’une nécessité conceptuelle, c’est-à-dire qui vise à cerner un champ, c’est une exigence morale. On comprend que dans les démocraties libérales, les professionnels de l’information se soient généralement dotés d’un guide déontologique visant à orienter leur travail et à établir leur crédibilité. Au Québec par exemple, le Guide déontologique de la Fédération professionnelle des journalistes adopté en 1996, puis amendé en 2010, souligne l’obligation pour les journalistes de « s’assurer de la véracité des faits qu’ils rapportent », de « respecter fidèlement le sens des propos qu’ils rapportent », d’« éviter les situations de conflits d’intérêts et d’apparence de conflits d’intérêts », ou encore de la nécessité « d’être honnêtes et impartiaux ».

Sans normes déontologiques et éthiques, le journalisme perdrait les assises qui lui confèrent le rôle de gardien de l’intérêt public. Avancer l’idée d’une objectivité journalistique n’est donc pas qu’une nécessité conceptuelle, c’est-à-dire qui vise à cerner un champ, c’est une exigence morale

Nous entendons donc par objectivité journalistique l’effort que chaque journaliste, dans son contexte, fournit pour respecter ces conventions qui encadrent sa pratique. L’objectivité, c’est donc la propension qu’a le journaliste à recouper les faits à partir de sources indépendantes, à rendre fidèlement la pensée des auteurs cités en tenant compte du contexte dans lequel les extraits ont été énoncés, à décliner au besoin sa position idéologique ou ses préférences politiques et par-dessus tout, à écrire dans un style honnête, c’est-à-dire qui respecte les exigences du genre. De sorte qu’un reportage soit clairement un reportage, et non un éditorial masqué, qu’un compte rendu en soit véritablement un et non une critique qui ne dit pas son nom.

  • La presse privée et le défi de l’objectivité en Afrique subsaharienne

Le début des années 1990 marque une ère nouvelle pour la presse africaine. On est dans la foulée de la fin de la guerre froide (1989) et de la dislocation de l’Union soviétique (1991). Francis Fukuyama, qui proclame alors la fin de l’histoire, soutient que l’évolution idéologique de l’humanité culmine dans le triomphe des démocraties libérales. Un vent de démocratie souffle un peu partout à travers la planète. Les leaders africains, pressés aussi bien par des populations éprises de liberté que par les bailleurs fonds internationaux, montrent une ouverture au pluralisme politique et médiatique. L’expression, longtemps brimée par les pouvoirs publics, connaît alors une certaine libération. Comme le note Frère, « dans la plupart des pays, des révisions constitutionnelles et légales entérinent le pluralisme médiatique et les dirigeants, nouvellement élus […] ou convertis à la démocratie pour sauver leur pouvoir […], déclarent leur attachement à la liberté de la presse ». Les premières années de la décennie 1990 seront ainsi marquées par l’éclosion de titres privés en presse écrite, bien que les médias audiovisuels demeurent l’apanage de l’État pour un peu plus longtemps.

le caractère fortement politisé de la presse en Afrique subsaharienne « en fait une presse d’opinion fort éloignée des canons de l’objectivité de l’information prévalant aujourd’hui dans les pays occidentaux »

La presse privée, en plein essor, va saisir l’occasion et sera marquée à ses débuts par la dénonciation de l’État. Face à la complaisante presse étatique engluée dans la propagande d’État et ne ratant pas la moindre occasion de chanter les louanges des autorités publiques et singulièrement celles du chef de l’État, la presse privée se voudra championne de l’intérêt public et se montrera particulièrement disposée à « briser le veau sacré de la dictature » et à « renverser les tablettes de la loi » qui ont muselé le peuple pendant tant de décennies. Cependant, cet engagement se fera selon les excès qui minent encore la pratique journalistique sur le continent. En 2013, Eugénie Aw s’interrogeait : « Que fait donc la presse de la déontologie ? » Puis, elle soulignait quelques indignations et dénonciations aussi bien d’organes régulateurs, d’associations médiatiques que de journalismes dans différents pays africains, au regard des manquements systématiques de la presse à la déontologie et aux principes éthiques.

Dans son analyse du cas sénégalais, Loum analyse « l’impossible autonomie » des médias, qui les rend incapables de véritablement jouer leur rôle de quatrième pouvoir. Avec pour objectifs premiers de détruire la concurrence, l’injure, l’outrage et la diffamation se veulent les outils privilégiés de cette presse cooptée. Wittmann remarque que « [s]i la presse écrite sénégalaise s’est démocratisée et pluralisée de façon remarquable, la liberté de la presse, la rentabilité et la professionnalisation insuffisante restent des handicaps majeurs ». Louis-Marie Kakdeu constatait qu’en Afrique subsaharienne, « beaucoup de journalistes sont politisés et instrumentalisés. Ils sont plus lobbyistes et attachés de presse que professionnels de l’information ». Ce travestissement de la presse est tel que, dans la population, « on attend du journaliste professionnel africain qu’il fasse passer un message, qu’il accomplisse les mêmes missions que celles dévolues aux chargés de communication ». Pour Renaud de la Brosse, le caractère fortement politisé de la presse en Afrique subsaharienne « en fait une presse d’opinion fort éloignée des canons de l’objectivité de l’information prévalant aujourd’hui dans les pays occidentaux ».

  • Les insuffisances du journalisme africain : dépasser l’explication économique

Dans son article « Le journaliste africain face à son statut », Perret évoque les difficultés de la presse africaine : « […] manque de moyens matériels, pénurie de personnels formés et expérimentés, assujettissement à une réalité locale encore marquée par l’autoritarisme, faible structuration du jeu politique ou absence de codification claire des rapports ». En somme, une carence en ressources matérielles qui rend pénible l’exercice du métier et met en péril la viabilité des organes de presse. Partant de l’exemple sénégalais, Loum constate que « dans un pays fortement touché par la crise économique, socialement marqué par les retombées catastrophiques des plans d’ajustement structurel et de la dévaluation du franc CFA, il faut dire qu’il est très difficile de faire vivre un journalisme indépendant ».

les dérives de la presse privée sont davantage dues à l’absence aussi bien d’un cadre déontologique pensé que d’une base philosophie cohérente qui se pose comme solution de rechange à celle qui, pendant des décennies, a articulé les politiques publiques en matière de médias

Cependant, cette lecture, malgré quelque validité, comporte des faiblesses. Tout d’abord, elle est de nature à légitimer un journalisme réputé travesti en suggérant que ce sont les conditions économiques qui déterminent l’éthique journalistique. Or, l’intégrité journalistique ne saurait être relative ou circonstancielle. Elle ne saurait dépendre du contexte, autrement, le journalisme perdrait sa fonction fondamentale, celle d’être « essentiellement orienté à la vérité ». Aussi la lecture économique ne résiste-t-elle pas toujours aux faits. Car nombre d’exemples montrent que dans des conjonctures socioéconomiques difficiles, des journaux ont bravé la précarité et rempli leur fonction avec intégrité. Loum analyse longuement le cas des quotidiens du groupe Sud Quotidien au Sénégal dont les révélations et la rigueur des enquêtes réussiront, sinon à ébranler le gouvernement du président Diouf, du moins à l’inquiéter suffisamment pour qu’il se sente contraint « d’avancer des justifications, de fournir des explications détaillées pour se protéger de la colère du peuple ». Malgré les pressions économiques et politiques, les journalistes de Sud Quotidien se sont investis dans un travail systématique de collecte de faits et de leur traitement rigoureux, ce qui leur aura permis de mettre à nu de manière crédible la corruption des autorités publiques. Ce souci d’objectivité sera aussi celui du Messager au Cameroun ou encore de La Gazette du golfe au Bénin, saluée dans le Courrier international (2018) comme « l’une des plus belles réussites de la presse africaine francophone ».

Sans réfuter catégoriquement l’effet des conditions de travail sur la pratique journalistique en Afrique, nous pensons, plus fondamentalement, que les dérives de la presse privée sont davantage dues à l’absence aussi bien d’un cadre déontologique pensé que d’une base philosophie cohérente qui se pose comme solution de rechange à celle qui, pendant des décennies, a articulé les politiques publiques en matière de médias. Les leaders africains issus de l’indépendance avaient adopté une posture autoritariste en cette matière. Mettant en avant les impératifs du développement ainsi que de l’unité et de la stabilité nationales, ils avaient fait de la presse le bras propagandiste du pouvoir. Le journaliste avait alors comme mandat de travailler avec en vue l’ambition et les aspirations de l’État définies par les pouvoirs publics. Cependant, comme le souligne Tozzo, l’étude de l’évolution manquée de ces médias vers des organes de service public et l’examen des obstacles juridiques et humains à cette mutation permettent de souligner le manque de volonté politique des gouvernants et le peu d’intérêt des professionnels du secteur pour de réelles réformes.

Qui plus est, Internet et les nouveaux médias vont contribuer à complexifier ce virage, en facilitant la production et la diffusion à grande échelle d’informations résolument fabriquées. Si internet a permis à la liberté d’informer d’y progresser, cette révolution virtuelle a aussi contribué à la prolifération de journalistes autoproclamés, à la déontologie douteuse, qui disséminent rumeurs et fake news. Faits non vérifiés, sensationnalisme et plagiat compulsif constituent désormais les principaux ingrédients de nombreux médias africains en ligne.

  • Une objectivité à vocation nationaliste

En fait, rien ne fait plus peur aux régimes autoritaristes que la véracité des faits que dénonce la presse. Dans ces régimes, les tenants du pouvoir peuvent trouver agaçantes l’insulte et les autres formes d’outrance verbale ; les autorités peuvent s’offusquer de propos perçus comme diffamatoires. Mais ce qui les terrifie véritablement, c’est un article de presse objectif, c’est-à-dire dont le contenu, qui repose sur les faits, apparaît inattaquable. Seule la révélation de faits est de nature à représenter une véritable menace existentielle. Raison pour laquelle les journaux les plus inquiétés sont souvent ceux qui révèlent des faits, qui mettent à nu, preuve à l’appui, la corruption des autorités publiques. Ainsi ne posons-nous pas l’objectivité comme rempart contre l’oppression.

Une presse objective, certes, mais traversée et même travaillée par une orientation doctrinaire affirmée, c’est-à-dire qui s’assure que ce qu’elle raconte et la manière dont elle le raconte servent le bien commun, l’intérêt national

Plutôt, notre posture est qu’un journalisme objectif pose les assises de cette confiance publique dont la presse a besoin pour bien jouer son double rôle, celui notamment de représenter l’opinion publique et de contrôler l’action et les décisions étatiques pour en prévenir les dérives et, le cas échéant, en dénoncer les abus. En Afrique subsaharienne, on est loin du compte. Comme Bourgault le notait avec justesse, pour qu’une presse standard se développe et se maintienne sur le continent, « le style du discours manipulatoire qui a formé la façon de penser des masses au cours de trois dernières décennies aura besoin d’un sérieux ajustement ». Il serait bien entendu illusoire de s’attendre à ce que cet ajustement vienne de l’État. Qui plus est, l’État ne saurait imposer aux journalistes d’être neutres ou impartiaux dans leur traitement de l’information. Le travail doit être avant tout celui de l’industrie de l’information dans chacun des pays de la région. Chacune de ces industries doit se doter d’un cadre déontologique, accompagné d’initiatives qui contribueraient à le rendre efficace. Nous pensons par exemple à un jeu de gratification qui promouvrait les bonnes habitudes (prix journalistiques par exemple), et un autre de marginalisation, centré autour des pratiques de fact-checking, qui viserait à dissuader les non-conformités. Un cadre déontologique donc, qui s’articulerait autour de trois piliers fondamentaux :

  • Le principe d’indépendance, qui voudrait que les journalistes tout comme les rédactions prennent des distances par rapport aux formes de gratification qui pourraient créer « un sentiment d’obligeance chez le journaliste ».Un tel code insisterait ainsi sur la nécessité, pour les rédactions, de définir leurs propres politiques éditoriales plutôt que de se les laisser imposer par quelque force extérieure. Il insisterait aussi sur la nécessité, pour chaque journaliste, d’éviter de se compromettre par les largesses de personnes, morales ou physiques, qui pourraient faire l’objet de leur investigation ou devenir le sujet de leur article.
  • Le principe de neutralité, qui voudrait que le journaliste évite toute activité politique qui pourrait compromettre son intégrité et celle de sa rédaction. En effet, comme le souligne Armande Saint-Jean, « le fait pour un-e journaliste d’appartenir à un parti politique est susceptible de faire craindre au public que sa couverture soit marquée par un intérêt plus grand envers cette formation que les autres. Une allégeance entre donc directement en conflit avec l’obligation impartialité que tout-e doit démontrer dans l’exercice de son métier ». Comme tout citoyen, le journaliste a droit à ses préférences politiques. Cependant, il perdrait sa crédibilité comme serviteur de l’intérêt public s’il affichait publiquement ses couleurs ou s’associait ouvertement à un parti donné.
  • Le principe d’honnêteté,selon lequel les journalistes ne sauraient mentir ni sur leurs intentions ni sur le but de leur reportage. Carole Beaulieu rappelle que « le journaliste doit servir le public, non lui mentir, le harceler, le manipuler ou se servir de lui pour arriver à ses fins ». Honnêteté dans la collecte de l’information, mais aussi dans son traitement et sa diffusion. Recueillir l’information en déclinant son identité, en signalant clairement l’utilisation potentielle de cette information et en respectant la vie privée des informateurs. Contextualiser l’information lors de son traitement et la diffuser selon les termes des promesses faites aux informateurs et en tenant compte des principes de la dignité humaine.

Ces trois principes nous semblent fondateurs dans l’élaboration d’un code déontologique qui permettrait de promouvoir un journalisme objectif, c’est-à-dire professionnel. L’objectivité comme mesure d’un journalisme authentique est donc un point de départ essentiel, mais qui demeure insuffisante si elle est repliée sur elle-même, c’est-à-dire si elle n’est pas socialement engagée. Autrement dit, la presse ne saurait être indifférente aux questions sociopolitiques fondamentales que se posent les sociétés africaines. Tout comme la presse des années 1940 et 1950 s’est dévouée à la décolonisation malgré les pressions du colon, tout comme la presse étatique qui voit le jour avec les indépendances s’est mise au service des politiques étatiques, la génération actuelle de la presse africaine doit se poser la question de l’endémique néocolonialisme tant décrié et y répondre. Une presse objective, certes, mais traversée et même travaillée par une orientation doctrinaire affirmée, c’est-à-dire qui s’assure que ce qu’elle raconte et la manière dont elle le raconte servent le bien commun, l’intérêt national.

 

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